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vendredi 13 août 2010

49 - Pourquoi des vieilles carrosseries ?

La bergerie
Je réponds enfin à la question de Laurence, pourquoi ce thème des oubliés ?
Entre ma mise en situation de mes nus et les oubliés, je bouscule un peu les conventions du pastel. Ce médium, qualifié de "classique" et qui semble inadapté à la peinture moderne et abstraite, "quoique..." me diront Thierry Citron et Violette Chaminade, a des qualités que peu soupçonnent, notamment pour reproduire les textures.
Cela dit, ma formation est loin d'être classique, je suis autodidacte et c'est mon vécu qui m'a forgé. Il y a vingt ans, j'étais illustrateur dans les sports mécaniques et plus particulièrement dans le milieu de la moto. J'ai côtoyé ces pilotes funambules aux talents d'extraterrestres accomplir, week-end après week-end, ces circonvolutions sur des bandes de bitume au mépris du danger.
Christian Sarron
Mais j'ai surtout fréquenté ces mécaniciens, orfèvres du tournevis et de la clef à pipe. Ces hommes pour qui chaque millimètre carré de leur machine infernale est connu. Ces hommes qui choyaient leur fauve mécanique comme si c'était leur bébé.
À chaque nouvelle illustration, ils venaient, curieux et prenaient plaisir à la décortiquer, à la recherche d'une erreur d'interprétation. C'est fou comme ils étaitent terre à terre. Ils en trouvaient peu.
Freddie Spencer
Un jour, l'un d'eux s'écria à son compère en regardant une de mes œuvres "Tu sais ce que c'est ça ?
"Ben non, à cet endroit-là, je ne vois pas" rétorqua l'autre.
"C'est une plaque que j'avais soudée, entre deux Grands Prix, après sa chute (du pilote), on n'avait pas eu le temps de rentrer à l'atelier refaire la pièce..."
Ils se tournèrent vers moi, le regard respectueux. Devant eux, sous forme d'une illustration, ils retrouvaient leur pur sang de métal avec ses blessures soignées, le fauve vivait sous leurs yeux. J'ai alors compris que je m'étais imprégné de leur discours, de leurs gestes de mécanos, de leurs regards quand il voit leur bijou confié au pilote et s'éloigner du garage. J'ai su que c'était un peu d'eux-mêmes que je dessinais. Même une moto de course bardée de sponsors a une âme.

Alain Prost
Mon pote Michou
Un regard que j'ai aiguisé pendant plus de dix ans. C'est ce même regard que j'ai posé un jour, sur une vieille Quatre Chevaux Renault, oubliée dans un parc d'une villa arlésienne. Certains pensent, sans trop comprendre, des hommes le plus souvent, que je peins des vieilles voitures sans intérêt. Imaginez son propriétaire et vous serez plus proche de la vérité. N'est-ce pas Véronique, l'heureuse propriétaire de" 4 Chevaux au pré" ?

Il est curieux de constater que les peintres de la marine ont depuis longtemps et avec succès, peint les tôles rouillées de rafiots ancrés à jamais à un quai délabré, voire même retranscrit les ambiances sombres et ferrailleuses des docks hérissés de leurs grues. Alors que peu de peintres ont eu la même démarche vis-à-vis de l'automobile. Les marins seraient-ils plus sentimentaux que les automobilistes ? Sans doute.

Je ne peins pas des vieilles tôles rouillées, je peins un vécu. L'humain n'est jamais loin dans mes tableaux.

9 commentaires:

  1. Anne Marie DROUILLEAU16 août 2010 à 15:35

    Merci ,Merci,
    C'est tellement émouvant et si beau que l'on retourne au début pour savourer de nouveau l'intemporel ,la poésie cachée .Merci Jean Charles.
    Sois certain qu'on attend chaque fois,avec impatience,ta prochaine mise a jour.

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  2. Je n'y pensais plus à ma question...
    Sacré Jean-Charles, je devrais le savoir qu'avec toi rien n'est jamais perdu. Et en plus, là, tu me scotches!!!
    T'es vraiment incroyable toi. Je vais aller les regarder à nouveau tes Oubliés. C'est une leçon sur le regard de l'artiste que tu viens de donner. Bon Dieu que je regrette tes cours!

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  3. Dans ce chemin difficile tu trouves de beaux textes et de beaux pastels a nous devoilerl!merci

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  4. Et alors, toutes ces expos, qu'est-ce que ça donne ?

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  5. Je viens delire les 4 derniers billets que je n'avais pu suivre. Toujours aussi passionnant et vivant. Bravo

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  6. Merci à tous.
    Laurence => Je ne t'avais pas oublié, la question était intéressante.
    Zigou => Merci pour ton commentaire qui me touche beaucoup venant d'une artiste peintre bergeracoise.
    Catherine => Pour l'instant les expos ça ne donne pas grand chose. Une vente à Feytiat et c'est tout. L'époque n'est pas propice à l'achat de tableaux visiblement. Notre métier est-il en voie de disparition ?

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  7. Anne la nantaise22 août 2010 à 23:09

    Bonsoir Jean-Charles,

    Mardi dernier, je suis retournée à St Florent. J'ai fait découvrir l'expo à mes parents. Ils ont été impressionnés par cette magnifique expo. Et moi, une fois de plus, je me suis régalée!!
    Par ailleurs, comment se passe l'entrainement pour Compostelle?

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  8. Compostelle ce n'est pas pour tout de suite. Ni l'année prochaine d'ailleurs. On a d'autres projets avec Martine.
    Je t'envoie ton DVD aujourd'hui même. Ainsi tu auras une autre image de Céline, la professionnelle ainsi que la talentueuse. Sacrée nana notre marcheuses ! ! !

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  9. Je n'avais pu l'autre jour enregistrer mon message.
    Moi je suis très ému par toutes ces vieilles carcasses qui me font penser à la phrase de Lamartine "Objets inanimés avez vous donc une âme?" On suit encore dans leurs phares, dans une aile froissée rouillée, dans une roue dégonflée le chemin parcouru,et tu sais si bien le mettre en valeur. vraiment, ces tableaux sont plein de vie et plein d'espoir, puisque quelques unes de ces carrosseries ont trouvé une nouvelle vie (bergerie), et grâce à toi elles ne mourront jamais. Merci de ce très beau travail que j'aime beaucoup.

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