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jeudi 14 octobre 2010

52 - Qu'avons-nous à raconter ?

Un de ces soirs de septembre, j'étais au vernissage d'une de mes élèves. Avant de s'inscrire à l'Académie elle avait déjà travaillé dans d'autres ateliers et lors de cette exposition elle y présentait des travaux antérieurs à ce qu'elle fait avec moi. Elle me demanda mon avis sur son travail. Mes remarques se résumèrent à une synthèse que tout artiste professionnel ne cesse d'expliquer à qui veut l'entendre : une œuvre n'est composée que de dessin et de valeurs ou contrastes. Lorsqu'on a assimilé ces deux éléments, tout est compris. Mar Folly (aquarelliste français) dit même que la couleur est presque superflue. Cette élève possède un bon niveau en dessin mais ne maîtrise pas les valeurs.
MORGAN WEISTLING - Guitar man

En repensant à cette soirée je me fis une autre remarque : que puis-je encore apporter à ceux qui fréquentent mes cours et qui ont acquis cette maîtrise du dessin et des valeurs ? Le sens d'une démarche artistique ? Une peinture est un moyen de communication, la vraie question est : qu'avons-nous à raconter ?
MAREK SWIATECKE - Forest ghost

J'ai trouvé bon nombre de réponses dans la lecture du dernier PDA qui fête ses 15 ans d'existence, à travers les différentes observations de tous ces artistes qui ont participé à ce numéro, voici la combinaison de leurs conclusions et des miennes :
Je suis un professeur et ce que j'enseigne c'est le côté artisanal du métier de peintre qui repose sur l'apprentissage technique, laborieux mais indispensable. Lorsque celle-ci est maîtrisée, on doit prêter de plus en plus d'attention à ses propres émotions. Comprendre ce qui nous trouble dans la peinture des autres artistes, comprendre sa propre sensibilité pour mieux la faire rejaillir dans son expression graphique. Pour ceux qui franchissent le pas, qui accrochent leurs tableaux aux cimaises, s'exposent aux yeux de tous, s'offrent à l'achat de certains, qu'ils sachent que cela n'est pas un acte anodin. C'est un engagement et une responsabilité, Il faut qu'ils aient des choses a raconter, à décrire, une émotion à transmettre. Dès lors nous ne sommes plus dans un passe-temps amusant ou une activité en dilettante.

GERMAN ARACIL - Viejo con baston

Qu'avons-nous à raconter à ce public pour le séduire, au-delà de notre technique et de notre maîtrise ?
Il est indispensable d'être conscient que le travail du peintre ne commence pas au premier coup de crayon ou de craie. Dès lors que l'on a fait le choix de son sujet, toute décision devrait être prise à ce moment-là. Si vous vous êtes trompé de sujet, tous vos efforts seront vains, malgré la technique. Un peintre regarde un sujet et le traduit en formes et contours, en tons et couleurs. Il faudrait avoir la capacité de voir son tableau fini avant même de le commencer, une faculté qui nécessite des années de pratique. Et on en est là, des années de pratique quotidienne.
PIERRE CARO - La grande piscine

6 commentaires:

  1. Bonjour Jean Charles,

    Et oui, c'est bien çà le problème!!
    On se dit : " Bon, c'est pas mal. J'ai réussi mon dessin, mais au delà de çà, est-ce que le message passe?"
    Aujourd'hui, je bloque et en fait, je pense justement que c'est à cause de ces questions que je me pose et cette réalité face à ce que je viens de réaliser : "quel est le message que j'ai voulu faire passer? L'émotion est elle là ?"
    Bon tant que l'on cherche, on avance.......un peu!!
    Merci Jean Charles de nous aider à y voir clair.
    Très bonne journée.

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  2. Pourquoi vendre un tableau serait un engagement?pour moi, même débutante ce serait un deuil,une amputation.
    Une responsabilité ? oui! car c'est échanger, partager,communiquer des émotions, des sentiments divers ( positifs ou négatifs )
    Effectivement ce n'est pas anodin.
    Merci Jean Charles!c'est sympa de nous faire réfléchir...Line

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  3. bonjour,
    après l'apprentissage de la technique, auprès de professeurs et beaucoup de travail, il y a cette autre étape à franchir, trouver son style propre c'est à dire trouver la façon de faire passer "quelque chose" à ceux qui regarderont notre oeuvre ... et là, on est peut-être dans le plus difficile, peut-être parce que pour cela le peintre est désormais seul, seul face à ses émotions, seul face à ce qu'il veut faire passer et comment il peut le faire passer ...
    Pour moi, par ailleurs, il y a toujours deux lectures d'une oeuvre, la première, instinctive, est-ce qu'une oeuvre me parle, est-ce qu'elle crée une émotion ? et puis la deuxième, plus technique ... le dessin, les valeurs ... ET, je peux préférer une oeuvre moins aboutie techniquement mais qui dégage quelque chose, à une oeuvre presque parfaite techniquement, trop parfaite peut-être mais qui en devient froide ... Je sais que cela se discute ....
    Vase sujet !

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  4. Ah mon Jean-Charles, déjà avec ton explication sur les oubliés et ta motivation à peindre ces carcasses qui nous laissent indifférentes, nous qui n'avons pas cette vision du peintre, là je sens que tu vas pousser le bouchon encore plus loin…
    Sur un tel sujet, je regrette de ne pas voir se manifester tes élèves présents, mais peut-être qu'ils le font oralement, directement auprès de toi, en tout cas je l'espère.
    Il faut différentier la démarche de la plupart des gens qui s'inscrivent à des cours ou des stages et qui ne sont là que pour se faire plaisir et apprendre. La peinture c'est un merveilleux passe-temps. Il y a combien de sportifs en France et combien de champions ? Mon mari a découvert la course à pied il y a quelques années, lit des revues spécialisées sur ce sujet, comme moi je lis Pratique des Arts. Il participe à des courses, à des marathons dans tout le sud-ouest, comme d'autres peintres amateurs participent à des expositions. Je crois que dans les deux cas, le moins bon finira dernier et le pro sera devant.
    Et puis si ça nous arrive de vendre un petit tableau, quelle reconnaissance!!! Notre travail a plu à quelqu'un d'autre, c'est extraordianire! Mais très souvent on est prise au dépourvu car comme le dit si bien Line, le plus souvent nous peignons pour nous ou pour nos proches. Alors se pose la délicate question du prix. Combien de fois t'a t'on posé la question Jean-Charles, je t'ai vu plusieur fois dans l'embarras pour y répondre.
    Moi, je crois qu'au delà des 300 euros (ce qui représente 2000 francs, quand même), il faut se poser des questions: qui sommes nous? Pourquoi le faisons-nous? Quelle échelle de valeur nous accordons-nous et par rapport à quoi? Pourquoi 450 et pas 400 ou 600 euros? J'ai une amie qui peignait du contemporain. Il a eu un certain succès et a commencé à vendre. Encouragée elle a multiplié les expos dans la région. Puis elle a eu l'opportunité, grâce à ses connaissances de participer à une expo à Bordeaux où la plupart des participants étaient des professionnels. A l'entendre raconter son histoire, ce fut un massacre. Ils l'ont descendu sans prendre de gants. Depuis, son chevalet prend la poussière dans son grenier et ses tubes ont fini dans la poubelle. Je pense qu'elle a grillé plusieurs étapes et par sa précipitation a détruit ce qui était pour elle une passion. Quel dommage.
    J'ai vendu une fois un de mes pastels, et je me suis acheté une belle boîte de girault avec cet argent et je n'en demande pas plus.

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  5. Je continue de lire votre blog régulièrement depuis ma visite de l'expo à Yerres. J'aime beaucoup l'orientation que vous donnez à vos écrits et les thèmes que vous choisissez. Tout ça contribue à mieux connaître le peintre que vous êtes. Je salue ici vos fidèles lecteurs et vos élèves.

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  6. Merci Jean-Charles pour ce blog que je lis et relis avec beaucoup d'intérêt. Il nous apprend beaucoup de choses, nous fait réfléchir. Les commentaires des uns et des autres nous apportent énormément de réflexions mais il est vrai que c'est moins facile (pour ma part) de s'exprimer par écrit.....mais en même temps çà nous oblige et ce n'est pas mal. MERCI Jean-Charles pour tout ce que tu nous apporte et on ne te remerciera jamais assez.

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