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mardi 20 avril 2010

39 - Pourquoi travailler avec un modèle féminin ?.



Ma première réponse à la question de Catherine et de Laurence qui me vient naturellement est que je peins des nus féminins pour rendre hommage à la Femme. J'ai un profond respect et une grande admiration pour elle. Je reste persuadé que l'artiste qui est le plus à même de peindre un nu féminin est justement une femme, j'en veux pour preuve les pastels merveilleux de Nathalie Picoulet ou les peintures de Francine Van Hove dont j'aime la représentation de ses modèles même si parfois j'adhère moins à l'univers dans lequel elle les plonge. Toutes deux peignent la féminité, une quête peut-être impossible pour un homme, mais tant pis, j'essaie tout de même, jour après jour.
Je suis aussi un amoureux de la vie, du beau et de la sensualité, c'est d'ailleurs tout ce qui motive ma peinture. La femme dessinée nue raconte tout cela. Le corps d'un homme se résume à un exercice technique. Le nu masculin est plus facile, les muscles saillants, des poses qui traduisent toujours une certaine force, il ne raconte pas la même chose et j'ai beaucoup moins d'intérêts pour ce qu'il évoque. Je vis ma peinture d'une manière sensuelle. Partir d'une feuille vierge, tracer les premières lignes, moduler les ombres, poser délicatement les couleurs et soudain la vie apparaît sur cette surface bidimensionnelle. C'est un moment merveilleux, une joie intense d'une rare sensualité.

Il y a aussi l'aspect relationnel, car peindre la Femme, c'est travailler avec un modèle. Le modèle est la fondation de mon tableau, je lui suis redevable de tant de choses. En revanche je n'ai aucunement besoin d'un rapport de séduction vis-à-vis d'elle, j'ai plutôt besoin d'une complicité, une proximité intellectuelle, morale et artistique. Ainsi chaque relation qui naît est unique et il faut que nous atteignions cette connivence pour que viennent l'inspiration et l'envie de peindre. Une fois atteinte, lors des séances, le modèle bouge librement et naturellement entre deux poses et c'est là soudain qu'apparaît "le" mouvement, l'attitude qui lui va le mieux, le naturel et l'oubli de ma présence... Le don d'elle-même. A chacune sa manière d'être, de bouger, de se révéler dans sa nudité, c'est une découverte permanente pour moi et j'ai besoin d'observer longtemps pour mieux saisir l'expression de l'être, car chacune, dans sa manière d'habiter son corps, révèle son identité tout autant qu'aux travers des expressions de son visage .

Peindre le corps humain est sans doute ce qu'il y a de plus difficile, avec le portrait qui, je pense, est un sommet en termes de difficultés. Comme le dit Francine Van Hove (voir son blog), pour bien dessiner et peindre le corps humain il faut des années d'expérience. Un labeur quotidien pour atteindre cette perfection d'émotion et de sensualité. Je suis encore dans le temps de l'apprentissage, mais cessera-t-il un jour ? Je ne l'espère pas.

Je conclurai ce billet par le texte de Rainer Maria Rilke sur la création : "La voie de l'art est mystérieuse, le temps de la création qui vient et part au gré des aléas n'est autre qu'un don. Le temps pour le peintre ne sert pas de mesure. Une année ici est sans valeur et dix ans ne sont rien ; être un artiste, ce n'est pas calculer ni compter, c'est mûrir comme l'arbre qui ne presse pas sa sève et affronte tranquillement les tourmentes printanières sans craindre qu'ensuite un été puisse ne pas venir. Or il vient. Mais il ne vient que si l'artiste, sans souci, attend aussi tranquille et ouvert que s'il avait l'éternité devant lui. Je l'apprends tous les jours, je l'apprends au prix de souffrances que je bénis : la patience est tout !"

mardi 6 avril 2010

37 - Réponse à Paloma.

La question de Paloma mérite , comme réponse, un billet. Nous voici donc dans cette interactivité que j'espérais un peu et c'est avec plaisir que je vais répondre à cette question : comment m'est venue l'idée de fondre mes nus sur des murs lézardés ?
Un concours de circonstances. Le premier tableau réalisé ainsi est "L'éveil". J'avais réalisé, comme à mon habitude une esquisse en sanguine avec cette pose tenue par Céline. Je trouvais la pose magnifique, mais je n'avais aucune idée sur l'ambiance de mon futur pastel. L'esquisse est restée de côté en attendant des jours plus inspirés.

Quand j'ai commencé ma série sur les vieilles carrosseries, j'avais comme sujet mes deux vieilles motos, les "Soeurs siamoises". Mais en réalité elles sont appuyées contre un mur en parpaings, certes, passablement délabré, mais qui n'avait rien d'esthétique. Alors je me suis inspiré d'un vieux mur d'une grange dont le crépi se détache et se lézarde.
En réalisant ce mur derrière mes siamoises l'idée m'est venue d'en faire de même pour mon nu. J'ai immédiatement mis mon nouveau concept à exécution, puis au fur et à mesure que mon sujet prenait forme et que l'ambiance s'installait, l'idée vint de faire le drapé comme s'il était sculpté dans la pierre.

Puis l'oreiller comme s'il était peint sur le mur.

Une fente qui glisse sur la chevelure de Céline, une craquelure sur le bras et puis, et puis… L'éveil est apparu.