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mardi 21 décembre 2010

59 - Joyeuses fêtes

Juste un petit billet de fin d'année pour vous souhaiter à tous de joyeuses fêtes et pour vous remercier d'être mes lecteurs fidèles. J'ai de nombreux témoignages qui accréditent cette initiative du blog et le ton que je lui donne. Pour moi, la raison d'être de ce blog ne peut être que le partage. Partage de mon univers, de ma passion pour le pastel.

D'ailleurs, je viens juste de me rendre compte que Google a fait une mise à jour de Blogger en y ajoutant une information supplémentaire : les statistiques de visites. Et grâce à ce nouvel outil, je viens de m’apercevoir que le blog est consulté bien au-delà de nos frontières. La Belgique, les États-Unis, le Canada, la Suisse, les Pays-Bas font partie des fidèles consultants. D'autres pays parfois viennent se connecter au blog, la Russie, Israël, le Zimbabwe, le Royaume-Uni, l'Espagne, l'Italie, le Belize....
Le blog a été consulté plus de 10 000 fois depuis juillet, date à laquelle les compteurs de Blogger se sont mis en route. La fréquentation est en augmentation constante depuis octobre.
Bien évidemment, parmi tous ces visiteurs, tous ne se sont pas donné la peine de me lire, exemple : le message qui a été le plus ouvert est : le message 29 - Le nu féminin exclusivement. On se doute que bon nombre de ceux-là ont dû être quelque peu déçus.
En revanche, ce qui est rassurant, c'est que la source principale du trafic sur ce blog provient du site de l'Académie en premier lieu, puis de mon site personnel en second et enfin de recherches Google. Si vous désirez voir les chiffres, ils sont ICI, et j'ai rajouté un onglet en haut de cette page. Je les mettrai à jour de temps en temps.
Bonne fin d'année.

mercredi 15 décembre 2010

58 - Une belle amitié et un projet

Le projet du Fauteuil (Episode 1)
Quand Sébastien a ouvert sa galerie, au-dessus de son magasin, nous avons participé à l'un des plus gros évènements qu'il ait pu organiser, l'exposition des élèves de l'Académie. Cette première expérience nous a donné des idées pour d'autres futures collaborations, dont une était ma propre exposition au sein de cette même galerie. Voici quelques années que je n'ai pas fait une exposition personnelle à Bergerac et ce pour une simple et bonne raison, c'est que le petit marché de l'art, qui existait encore il y a une dizaine d'années, a totalement disparu et que l'époque où je vendais 20 tableaux sur 45 exposés est totalement révolue. Mais dans le cadre de la Galerie de Sébastien, c'était différent. Même si la rentablilté de l'évènement était loin d'être assurée, au niveau de la fréquentation, le succès pouvait être envisagé et nous aurions été deux à en bénéficier.
Pour ce projet, j'avais prévu un thème particulier. Un thème que j'avais ébauché lors d'une exposition à Couze, il y a sept ans et que je voulais rééditer d'une manière plus professionnelle, plus réfléchie, plus aboutie. Le projet est de rendre hommage à toutes celles qui ont accepté de poser pour moi et ainsi de participer à mon élan créatif.
Nu assis, pose 7 - Tableau réalisé pour l'expo de Couze

Toutes ces femmes qui m'ont offert de leur temps et qui ont accepté que je fasse de leur corps un pilier fondamental de ma peinture et de ma vision de la beauté. Si Pratique des Arts m'a découvert grâce à mes vieilles carrosseries à Feytiat, c'est tout de même le thème de mes nus féminins qu'ils ont le plus souvent abordé dans leurs articles allant jusqu'à réaliser un DVD actuellement en vente. C'est aussi sur ce thème que la Société des Pastellistes de France m'a toujours sollicité pour leurs stages d'été.
Nu assis, pose 9 - Tableau réalisé pour l'expo de Couze

Voilà près d'un an que nous préparons ce projet avec mes neuf modèles. Toutes ont accepté d'y participer, celles qui ne posent que pour moi, dans l'intimité de mon atelier, celles qui posent maintenant en professionnelles pour les élèves de l'Académie entre autres et celles qui n'ont plus suffisamment de temps à me consacrer. Elles ont toutes dit oui. Voilà presque un an que nous échangeons des mails, dressons des rendez-vous, alignons les séances de poses, échangeons nos impressions à chaque esquisse de projets que je réalise. À la fin septembre, le premier tableau a été réalisé, depuis quatre autres ont suivi et malheureusement, à la fin du mois, la Galerie de Sébastien va disparaître…
Première étude pour le Fauteuil de Cécile

Dure sentence, mais le projet est désormais trop avancé pour y renoncer. Nous n'avons plus de salle d'exposition digne de ce nom pour le réaliser. Il me reste ma Galerie personelle en dernier lieu et si les murs sont suffisants pour y accueillir les dix tableaux prévus, la salle quant à elle, risque d'être bien étroite pour un vernissage digne de ce nom.
Première étude pour le Fauteuil de Magali

La rue Saint-Louis ne sera jamais un pôle artistique, comme nous l'avions follement imaginé Sébastien et moi, dans nos euphories des premiers vernissages en regardant fièrement d'un côté l'Académie Pictura et de l'autre Beaux-Arts Bergerac. Mais il nous restera une belle amitié et un projet à mener à son terme. Un projet qui s'appelle : Le Fauteuil.

mardi 30 novembre 2010

57 - Voilà, c'est fini …

En ce moment, il n'y a pas que des bonnes nouvelles, malheureusement. Celle-ci concerne ceux qui habitent le Bergeracois et c'est une bien triste nouvelle. À la veille de ces fêtes de fin d'année, il ne faudra pas songer aller voir Sébastien Palate dans son magasin Beaux-Arts Bergerac pour commander le chevalet, la mallette de peinture ou la boîte de pastels que l'on souhaite offrir.
Son magasin va fermer définitivement. Voilà, c'est fini, les beaux projets d'expositions que nous avions, le travail en commun que nous avions développé, les démonstrations dans son magasin que nous espérions faire. Voilà, c'est fini, il n'y aura plus de magasin Beaux-Arts à Bergerac, plus de galerie Beaux-Arts. Je rends hommage ici à Sébastien pour son courage et tous ces efforts malheureusement vains, qu'il a déployés avec acharnement pour maintenir son activité. Il aura su succéder dignement à notre chère Valérie qui tint pendant des dizaines d'années le rayon Beaux-arts chez Trillaud. Mais voilà, que faire quand le client ne daigne plus pousser la porte de l'enseigne.
Je voudrais aussi exprimer un coup de gueule, ce qui n'est pas dans mes habitudes. Un coup de gueule contre tous ceux qui n'ont pas joué le jeu. Contre tous ceux, peintres amateurs ou professionnels de la région, qui ont croisé Sébastien lors des multiples manifestations et vernissages auxquels il s'est rendu et qui ne sont jamais, ou si peu, venus lui acheter du matériel préférant sans doute les attraits de la vente par correspondance ou profitant de passages à Bordeaux ou à Toulouse pour faire leurs emplettes. Bien sûr, il y a la conjoncture qui n'arrange pas les choses et elle ne laisse aucun espoir au petit commerce chancelant.

En contrepartie, je voudrais remercier les autres, les clients fidèles et parmi eux, bon nombre de mes élèves inscrits à l'Académie ou au Club de Dessin de Couze. Merci à Sébastien pour son dévouement et sa gentillesse. Souvenez-vous qu'il nous a prêté sa salle d'expo pour y organiser nos ateliers du dimanche. Et cet atelier d'encadrement où il s'est mis à mes côtés pour vous aider à réaliser vos premiers encadrements "Caisse américaine".
C'était le départ d'une nouvelle activité pour lui et il nous a réalisé bon nombre de cadres et d'encadrements à des prix défiants la concurrence, sans les frais de port et du sur-mesure sans supplément. Mais cela n'aura pas suffi.

Et voilà, c'est bientôt fini… Désormais s'il vous faut du Pastelcard de 60 x 80 ou des crayons pastel, il vous faudra faire comme les autres, ceux qui n'ont pas joué le jeu, les commander sur Internet et si vous n'êtes pas connecté, prendre votre voiture et faire 90 km aller-retour pour aller voir à Périgueux ou au pire 200 km en allant à Bordeaux, tant pis pour vous.

lundi 22 novembre 2010

56 - Qu'avons-nous à partager ?

Certains ont tellement de choses à dire, à faire, à montrer et à démontrer, qu'une seule vie ne saurait suffire. Certains d'entre eux se laissent peu à peu habiter par la peinture jusqu'à ce qu'elle prenne toute sa place. Cela devient comme une évidence, ça s'impose à soi, on devient peintre à temps complet. Il faut en avoir la force de caractère et il faut en avoir l'âme. Je pourrais vous parler de tel ou tel peintre plus ou moins connu ou d'un de mes collègues pastellistes professionnels pour étayer mes propos. Je vais au contraire vous relater l'exemple d'un peintre amateur pour qui l'art graphique est en train de changer sa vie, peu à peu.
Lui (Pastel sec de Diane Rousseau)

Un jour, lors d'un stage de Gwenneth Barth, alors que j'étais son assistant, j'ai vu passer une jeune femme passionnée et déterminée. Elle tient, elle aussi, un blog et depuis notre rencontre, je garde un œil sur son travail. Du pastel sec, elle est passée au pastel gras, un médium dont je n'aime guère la pratique pour ma part, mais peu importent mes affinités. En fait, ce n'est pas tant son travail dont je vais vous parler, que sa manière d'aborder la peinture ou serait-ce la peinture qui est en train de la posséder peu à peu ?
La boucle d'oreille - autoportrait (Pastel sec de Diane Rousseau)

Diane est jeune, pressée, peut-être même impatiente sous un certain angle. Ce qui anime Diane, c'est son univers intérieur qu'elle construit à coups de pastels, de couleurs, de musiques, de lectures, de vie familiale, de jardinage, de cuisine. Tout ça peut sembler chaotique et en même temps son rêve semble à porter de main, au bout de la craie qui se transformera peut-être, un jour, en pinceau.
Quand on a la technique, mais qu'on n'a rien à dire, on fabrique de belles images, ce qui peut-être une fin en soi. Mais quand on a trop de choses à décrire, la technique peut vite paraître comme un carcan. Diane reviendra vers les fondamentaux quand elle aura cerné les limites de son expression et qu'elle se rendra compte qu'elle a encore bien plus à dire. Aujourd'hui, c'est délibérément qu'elle a laissé de côté cette technique et ses contraintes pour laisser le trop plein se déverser. Pour elle, une peinture ne repose pas entièrement sur ce qu'elle représente, mais aussi sur ce qu'elle symbolise.
Emily Rose (Technique mixte
)

Elle est honnête et sincère dans son travail. Cela dit, exprimer ses sentiments dans une peinture demande l’acquisition d’une habileté technique certaine qui peut donner justement toute liberté à s’exprimer pleinement. Après l'émerveillement et l'attrait de la découverte, elle reviendra vers l'acquisition de cette technique, forte de son expérience, de son vécu. En tout cas c'est ce que j'espère et ce que je lui souhaite. Il serait dommage qu'elle se contente du simple plaisir de peindre avec toute la passion qui l'habite. Il faut pousser les frontières, chercher toujours à aller un peu plus loin, approfondir, peaufiner son langage visuel, se remettre en question sans cesse. C'est comme n'importe quelle discipline, tout est question d’entraînement régulier et de recherche de solutions. Rien n’est simple et le meilleur ne peut émaner que d’un engagement total et profond. Je crois que Diane est capable d'aller jusque là.
Les célestes (Technique mixte
)

lundi 8 novembre 2010

55 - Adieu Jean-Pierre

Jean-Pierre Mérat, Président de la Société des Pastellistes de France, nous a quittés.

Nous sommes orphelins d'un homme que certains ont encensé et d'autres réprouvé. Nous sommes orphelins d'un homme qui se révéla être un guerrier inlassable pour sa cause et sa passion : le pastel ; même si parfois il se trompa de bataille, nul ne s'est autant battu que lui pour notre art et tous aujourd'hui, aussi bien les pour que les contre bénéficient de ses victoires. Si les associations de pastel fleurissent dans l'hexagone, c'est grâce à l'aura de la Société des Pastellistes de France (SPF) qui leur sert d'émule. Si des expositions consacrées au pastel se font jour ici et là, c'est grâce au prestige des salons de la SPF et à leur renommée. Si des noms comme Chris, Picoullet, Barth, Caro, Martin, Thomas et bien d'autres vous sont désormais familiers, c'est grâce au travail de la SPF. Si vous pouvez acheter un numéro "spécial pastel" de Pratique des Arts, c'est toujours le fruit de cet inlassable combat de la SPF.
Remontons dans le temps pour comprendre l'histoire de cette Société :
Au XVIIIe siècle le pastel atteint une renommée inégalable essentiellement par ses portraitistes Rosalba Carriera, Maurice Quentin de la Tour, Jean Etienne Liotard ou encore Jean-Baptiste Perronneau. Puis la pratique du pastel se "féminise", technique enseignée aux jeunes filles de bonne famille, le pastel devient une pratique d'amateurs, un talent de société. Il est délaissé au XIXe siècle. Puis renaît de ses cendres à la fin de ce siècle.
L'année 1870 marque la fondation, à Paris, de la Société des Pastellistes, suivie en 1880, par la première exposition à Londres de son homologue britannique, la Pastel Society. La Société des Pastellistes est animée, en 1885, par Albert Besnard, académicien, nommé président, qui exposera d'illustres artistes, comme Helleu, Lévy, Puvis de Chavanne, Henri Gerveix, membre de l'institut qui fut le deuxième président de la Société qui deviendra la Société des Pastellistes Français et qui accueillera Berthe Morisot, Toulouse-Lautrec, Degas, Mary Cassatt. Mais le XXe siècle est un siècle de doute et de remise en cause. Le cubisme, le surréalisme et l'abstraction font leur apparition, la seconde guerre mondiale interrompt les activités de la Société des Pastellistes Français et le pastel sombre dans l'oubli.
En 1984, une petite équipe de passionnés décide de faire revivre cette société sous le nom de Société des Pastellistes de France, Jean-Pierre Mérat en est le président. Il aura fallu entreprendre une véritable " croisade " de plus de 25 ans pour faire redécouvrir l'art du pastel. Informer le grand public, convaincre les artistes pour qu'ils consentent à s'y intéresser de nouveau. Organiser des salons et y inviter les grands pastellistes étrangers, notamment les artistes anglais, américains, canadiens, australiens, l'enseignement de l'art du pastel n'ayant jamais été abandonné dans les pays anglo-saxons, alors qu'en France, le pastel était devenu un simple moyen d'étude rapide.



Aujourd'hui je suis orphelin d'un homme dont j'avais en commun cette passion pour les femmes, même si, oralement, nous ne l'exprimions pas de la même manière, mais derrière nos chevalets, nous avions en tête cette même image de la beauté. Je suis orphelin de cet homme qui m'a conforté dans ma passion pour ce médium, m'a encouragé, m'a aidé en me disant que désormais je ne serai plus seul. Grâce à lui et à la Société, j'ai fait connaissance de pastellistes prestigieux. J'ai pu apprendre auprès de peintres talentueux et enfin exposer moi-même au sein de ces salons. Je lui en serai reconnaissant toute ma vie. Je vous livre ci-dessous un texte qu'il m'avait envoyé à une époque où l'incertitude était mon lot quotidien :

Si tu peux ...

Si tu peux n'être jamais satisfait de ton ouvrage,
Et, sans te décourager, poursuivre la perfection,
Te remettre en question lorsque tu te crois génial,
Et, sans un soupir, continuer à apprendre ton métier ;

Si tu peux être passionné sans te mentir à toi-même,
Si tu peux faire taire ton orgueil et savoir rester humble,
Et, te sentant incompris, poursuivre ta quête sans relâche,
Sans cesser de lutter pour atteindre ton idéal ;

Si tu peux ignorer les modes folles qui font se pâmer les sots,
Si tu sais t'amuser des médisances comme des flatteries,
Admirer les belles œuvres de tes aînés et de tes confrères
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;

Si tu peux œuvrer malgré les échecs sans courir après la gloire,
Si tu sais rester sage devant les honneurs éphémères,
Et, sans en être dupe, t'interroger sur la valeur de ton travail,
Et continuer à parfaire ton talent pour mieux servir ton art ;

Si tu sais observer et t'émerveiller des beautés de la nature,
Si tu peux, à ton tour, faire rêver les pauvres et les riches,
Apporter à des inconnus un instant de bonheur,
Sans jamais te croire supérieur à eux ;

Si tu remercies les dieux d'avoir la chance d'exercer ton art
En te laissant être ton propre maître et ton seul juge,
Si tu sais que cette liberté se mérite et que tu dois en être digne,
Si tu sais te respecter en respectant les autres,

Alors les gueux, les princes, les rois du monde t'envieront,
Ils seront à tout jamais tes amis, toi qui leur offres la Beauté
Pour leur faire oublier les folies de leur vie,
Alors, tu seras un artiste, un vrai.

hommage à Rudyard Kipling
Jean-Pierre MÉRAT

Je terminerai ce message par les propos du peintre américain Nichola Simmons, qui les attribue à l'aquarelle et qui sont tout aussi valables pour le pastel : "Ne persistons pas à vouloir séparer l'aquarelle - et le pastel - des autres techniques et du reste du monde de l'art. Le statut injuste et pourtant traditionnel, de technique de deuxième catégorie est une idée fausse ! Un regard, même sommaire, sur les œuvres produites par les artistes d'aujourd'hui suffit à le démontrer. Cependant cette notion persiste dans les musées, parmi les conservateurs, les galeristes et certains artistes. On a souvent expliqué ce phénomène en arguant des problèmes de tenue dans le temps et d'hypothétique fragilité, mais l'évidence de l'histoire ainsi que les nouveaux matériaux sont autant de preuves de l'invalidité de ces arguments. L'avenir de l'aquarelle - et du pastel - dépend d'un démantèlement réussi de ces barrières et de la réussite du défi de faire découvrir ces médiums à un nouveau public plus jeune."

Que la Société des Pastellistes de France perdure et qu'elle sache qu'elle pourra toujours compter sur mon aide et mon soutien.

mardi 2 novembre 2010

54 - L'idée d'un futur tableau

Je me suis remis au travail dans mon atelier, l'occasion d'illustrer le dernier billet "Qu'avons-nous à raconter". Je vais profiter d'un futur tableau dont j'imagine un titre simple : Le poulailler, pour vous conter la conception d'un tableau.

C'est avec Michèle au printemps dernier, qui m'a consacré une matinée entière pour m'entraîner chez des voisins cultivateurs, qui avaient dans un coin, de vieilles carcasses susceptibles de m'intéresser, à leur grand étonnement d'ailleurs. C'est ainsi que j'ai découvert ce fourgon Citroën, séparé à jamais de sa cabine de pilotage, qui a servi, dans une deuxième vie, de remorque et qui depuis quelques années a entamé une dernière carrière d'abri pour les volailles.

LE SUJET
Contrairement à "La bergerie", dont la composition était centrée sur le véhicule ce qui, à mon avis et après coup, n'est pas la plus judicieuse, je voudrais réaliser un tableau beaucoup plus dynamique et pas uniquement basé sur l'ambiance du lieu et l'incongruité du sujet. Donc je vais sortir de son contexte ce poulailler pittoresque pour l'introduire dans un autre paysage plus ouvert.

Voici l'exemple d'un travail en atelier, avec une approche lente et tranquille qui permet une bonne réflexion sur le futur tableau et qui laisse vagabonder mon imagination. L'apport de la photographie, dans ce cas, est une aide précieuse et je fais appel à une véritable banque d'images, stockées sur mon ordinateur, pour trouver le lieu qui conviendrait le mieux à mon poulailler. Mais les photographies ne seront que de puissants aide-mémoire sans pour cela influencer l'idée de base de mon tableau. Mon ancien emploi dans la documentation industrielle m'a familiarisé avec les technologies modernes et le traitement de l'image numérique. Aujourd'hui, je me sers de cette expérience pour que cette technologie soit au service de mon expression artistique.

LA COMPOSITION
Je choisis un papier Pastel Card de 60 x 80 de chez Sennelier, avec l'idée de faire un tableau suffisamment grand pour que je puisse travailler la texture de mon poulailler Citroën que je trouve passionnante ainsi que sa couleur. Puis j'entame une recherche de composition en fonction de la position de mon ex-véhicule. En peinture tout est affaire de dualités à de juste équilibre. Premières dualités a évaluer, celles de la composition à savoir : haut / bas, gauche / droite, avant / arrière, grand / petit.


Comme j'ai choisi d'"ouvrir" mon paysage, j'aimerais inviter le spectateur à y voyager, en allant donc de droite à gauche. Une composition triangulaire s'impose que je vais souligner à l'aide d'une clôture qui suivra la perspective et la direction donnée par la position du fourgon. Puis je contrebalance cette direction par une ligne de poteaux électriques bordant une route ou un chemin pour ramener le spectateur vers le fond du paysage. Je vais y placer quelques habitations pour y attirer son regard. Pour le ciel, qui devra traduire la profondeur du paysage, je choisis de lui donner une forme triangulaire à peu près équivalente au premier plan, à la recherche du juste équilibre haut-bas et avant-arrière. Pour avancer mon premier plan et signaler la dernière fonction de mon ex-fourgon, je place quelques poules et j'en termine ainsi avec la dernière dualité grand-petit.

LES VALEURS
Une seule dualité mais tellement importante : foncé / clair, autrement dit ombre / lumière. C'est elle qui va faire naître l'ambiance du tableau et faire voyager le spectateur. La lumière est à gauche en contradiction avec l'orientation du fourgon.



L'ambiance sera relativement claire pour un sentiment d'énergie et d'ouverture, mon idée première. Les quelques plans sombres vont attirer le regard, comme l'ouverture du poulailler. Mon idée de départ est maintenant bien précise, j'ai une image de mon tableau achevé dans ma tête. Je vais pouvoir peindre.

ASTUCE
Je termine par une autre utilité, qui peut paraître étonnante, de l'appareil photographique. Je m'en sers pour me rendre compte de l'évolution de mon tableau. En effet, regarder son tableau dans la fenêtre du viseur en donne une autre dimension, un effet similaire à celui du miroir mais sans inversion de l'image. De plus, la technologie moderne permet d'afficher immédiatement l'image sur un écran et par ce biais je parviens à mieux analyser mon travail et à avoir le recul nécessaire, ce qui m'est plus difficile face à mon chevalet.


PS : Blogger a rajouté sous la vidéo, un bouton à droite avec 4 petites flèches qui en désignent les 4 coins. Si vous cliquez sur ce bouton, normalement, la vidéo s'affichera en plein écran.

lundi 25 octobre 2010

53 - Réponses aux commentaires

Tout d'abord je voudrais souhaiter une bienvenue à Catherine S. pastelliste et nouvelle lectrice du blog ainsi qu'à ALN, alias Anne La Nantaise, intervenante régulière sur le blog de Céline la marcheuse, aquarelliste et dessinatrice. Je salue également Philippe pour sa fidélité depuis Yerres.
Je me suis rendu compte que certains d'entre vous, élèves mais peut-être d'autres aussi, ne lisent le blog uniquement à la réception du courriel de mise à jour et ne consultent jamais les commentaires qui, évidemment, paraissent ultérieurement. Quel dommage, ils ratent un dialogue entre lecteurs et moi-même qui devient avec le temps, de plus en plus intéressant. Je vous conseille d'aller jeter un œil sur les commentaires des messages précédents en cliquant sur le mot "Commentaires" en bas à gauche de chaque message.

Passons aux réponses des commentaires : Oui Laurence, les élèves se manifestent à la lecture du blog et ils le font plus volontiers oralement ; d'une part parce qu'ils ont la possibilité de me rencontrer régulièrement, d'autre part, tous ne se sentent pas suffisamment habiles à l'écriture ou encore que le fait de transcrire leurs idées par le biais d'un clavier leur est un véritable calvaire. D'ailleurs à propos de leurs réactions, certaines ont cru à la lecture du billet 52, que je désapprouvais le fait que cette élève expose. Ce n'est pas du tout le cas, bien au contraire. Le fait d'exposer est un acte personnel, c'est aussi partir à la rencontre de l'autre, du visiteur, c'est donc la preuve qu'il y a envie de communiquer et la peinture est un moyen de communication. Exposer c'est une véritable émotion et comme le relate Olivier Wahl dans son livre, "Je suis bloqué devant ma toile" : Exposer est une chance, tout comme peindre. C'est inviter des amis, des proches à faire la fête. C'est partager sa passion de la peinture. Cette anecdote m'a juste donné l'occasion de parler aussi de cette relation que l'on peut avoir avec "le" public et que de s'exposer, c'est aussi s'exposer aux critiques. Le fait de vendre aussi d'ailleurs.
Je sais à présent comment articuler mes cours vis-à-vis de cette élève et de tenter de lui apprendre ce qui lui manque, cette approche des valeurs. Traduire de ce qu'elle a envie de représenter par des tonalités, car c'est avec ce langage graphique que l'on peut traduire l'émotion. C'est ainsi qu'elle apprendra à peindre non pas ce qu'elle voit, mais ce qu'elle ressent, car c'est grâce aux valeurs qu'elle pourra traduire un sentiment ou une atmosphère. Mon but : que sa prochaine exposition soit bien plus belle encore.

Certains ont été étonnés que je prenne en référence un magazine d'aquarelle, je vous livre ici quelques scans de cette revue afin que vous découvriez cet art et vous défaire de l'idée préconçue de la petite aquarelle insipide et délavée.

Joseph Raffael (voir le site ICI)


Guan Weixing (voir le site ICI)


Steve Hanks (voir le site ICI)


John Salminen (voir le site ICI)


Shirley Trevena (voir le site ICI)

Pour argumenter l'une des réponses de Catherine sur sa préférence d'une œuvre moins aboutie techniquement, mais qui dégage quelque chose je citerai Joseph Zbukvic, aquarelliste australien : "Beaucoup pensent que s'ils acquièrent de la technicité, ils deviendront de bons artistes. En réalité, ils sont peu à posséder cette capacité à traduire le sujet dans un langage visuel. La maîtrise de la technique seule ne sert qu'à créer des œuvres techniquement réussies mais sans âme ni vision, froides. Une œuvre doit venir de l'intérieur et indépendamment de l'aspect technique de la peinture ; cependant, ces deux éléments sont indissociables."

Pour finir, je vous signale la sortie d'un nouveau numéro Hors-série de Pratique des Arts entièrement consacré au pastel ! Et j'ai l'honneur d'y figurer une nouvelle fois. Bonne lecture.

jeudi 14 octobre 2010

52 - Qu'avons-nous à raconter ?

Un de ces soirs de septembre, j'étais au vernissage d'une de mes élèves. Avant de s'inscrire à l'Académie elle avait déjà travaillé dans d'autres ateliers et lors de cette exposition elle y présentait des travaux antérieurs à ce qu'elle fait avec moi. Elle me demanda mon avis sur son travail. Mes remarques se résumèrent à une synthèse que tout artiste professionnel ne cesse d'expliquer à qui veut l'entendre : une œuvre n'est composée que de dessin et de valeurs ou contrastes. Lorsqu'on a assimilé ces deux éléments, tout est compris. Mar Folly (aquarelliste français) dit même que la couleur est presque superflue. Cette élève possède un bon niveau en dessin mais ne maîtrise pas les valeurs.
MORGAN WEISTLING - Guitar man

En repensant à cette soirée je me fis une autre remarque : que puis-je encore apporter à ceux qui fréquentent mes cours et qui ont acquis cette maîtrise du dessin et des valeurs ? Le sens d'une démarche artistique ? Une peinture est un moyen de communication, la vraie question est : qu'avons-nous à raconter ?
MAREK SWIATECKE - Forest ghost

J'ai trouvé bon nombre de réponses dans la lecture du dernier PDA qui fête ses 15 ans d'existence, à travers les différentes observations de tous ces artistes qui ont participé à ce numéro, voici la combinaison de leurs conclusions et des miennes :
Je suis un professeur et ce que j'enseigne c'est le côté artisanal du métier de peintre qui repose sur l'apprentissage technique, laborieux mais indispensable. Lorsque celle-ci est maîtrisée, on doit prêter de plus en plus d'attention à ses propres émotions. Comprendre ce qui nous trouble dans la peinture des autres artistes, comprendre sa propre sensibilité pour mieux la faire rejaillir dans son expression graphique. Pour ceux qui franchissent le pas, qui accrochent leurs tableaux aux cimaises, s'exposent aux yeux de tous, s'offrent à l'achat de certains, qu'ils sachent que cela n'est pas un acte anodin. C'est un engagement et une responsabilité, Il faut qu'ils aient des choses a raconter, à décrire, une émotion à transmettre. Dès lors nous ne sommes plus dans un passe-temps amusant ou une activité en dilettante.

GERMAN ARACIL - Viejo con baston

Qu'avons-nous à raconter à ce public pour le séduire, au-delà de notre technique et de notre maîtrise ?
Il est indispensable d'être conscient que le travail du peintre ne commence pas au premier coup de crayon ou de craie. Dès lors que l'on a fait le choix de son sujet, toute décision devrait être prise à ce moment-là. Si vous vous êtes trompé de sujet, tous vos efforts seront vains, malgré la technique. Un peintre regarde un sujet et le traduit en formes et contours, en tons et couleurs. Il faudrait avoir la capacité de voir son tableau fini avant même de le commencer, une faculté qui nécessite des années de pratique. Et on en est là, des années de pratique quotidienne.
PIERRE CARO - La grande piscine

lundi 4 octobre 2010

51 - Bon courage et bonne rentrée

En faisant un tour d'horizon des sites internet qui animent la vie de l'Académie, je me suis rendu compte que le blog n'avait pas eu de nouveau message en ce mois de septembre. Après un mois d'août consacré par obligation au repos, le mois de septembre qui vient de s'achever a été consacré à la rentrée et grâce à vous tous, elle se passe fort bien car vous êtes nombreux à avoir renouvelé votre inscription et votre confiance à mon enseignement, je vous en remercie vivement.
Pendant ce mois de repos forcé, j'ai beaucoup lu. Je dois rendre hommage une fois de plus aux éditions Mégastar, car il y a un an, ils ont sorti une nouvelle revue trimestrielle "L'art de l'aquarelle".
Je vous la conseille vivement, même si elle n'est pas consacrée à mon médium préféré je m'y retrouve et vous devriez aussi l'apprécier d'une part par la qualité de cette revue et des artistes présentés, mais aussi parce que le combat mené par les aquarellistes est similaire à celui des pastellistes. Nos deux médiums sont considérés comme des arts mineurs par les diktats culturels, d'autant plus que nous sommes, pour la plupart, des figuratifs.
Armé de mon Stabylo fluo, j'ai surligné une multitude de paragraphes, citations et autres remarques qui pourraient être autant de sujets pour ce blog mais aussi des motifs de réflexion.

Au lendemain d'une multitude d'expositions aux quatre coins de la France, ou presque, et dont les résultats m'ont laissé plutôt perplexe, lire les lignes d'Alistair Butt, auquarelliste anglais me fait reconsidérer ma situation : "Les gens apprécient la qualité, l'aspect détaillé et les thèmes que je peins et me le disent. Il est fantastique de savoir que son travail est estimé et respecté par les autres, qui sont les vrais juges. Le but ultime est que quelqu'un aime l'œuvre suffisamment pour avoir envie de l'acheter…" Si je suis sans doute arrivé au premier niveau, je n'ai pas encore atteint le "but ultime". Or en ces temps de crise il faut vraiment qu'une œuvre soit à ce point "plaisante" voir plus, pour qu'on l'achête. Autrement dit, il me reste encore du travail à effectuer et bien du chemin à parcourir, il n'y a pas d'alternative.
Alors je m'apprête à m'enfermer dans mon atelier et à travailler encore et encore. Je vous souhaite, ainsi qu'à moi-même, bon courage et bonne rentrée.

PS : Les Editions Mégastar ont réalisé une bande annonce pour mon DVD "L'art du nu au pastel". Elle est visible ICI.
Je rappelle que ce DVD est disponible à l'Académie, au prix de 25 €, il suffit de me le demander.

jeudi 26 août 2010

50 - Abstraction & figuration

Je vais vous faire part d'une réflexion qui m'est venue à l'esprit après la lecture d'un livre que je vous recommande fortement : "Je suis bloqué devant ma toile" d'Olivier Wahl. Au chapitre 3, "Le temps de la création" il tente de démystifier le fait de créer en opposant l'action de créer et de copier. Olivier Wahl est un peintre de l'abstraction et comme pour beaucoup de peintres contemporains, il oppose les deux actions, alors que je suis persuadé que les deux sont complémentaires. Il termine son paragraphe d'introduction par, je cite : "Je ne sais pas si c'est par l'imitation qu'on apprend à faire des enfants !". Mauvais exemple à mon avis, car le fait de faire des enfants est sans doute, chez nous les humains, une des rares actions instinctives qui nous reste, inscrite dans nos gènes par mère nature et commune à toutes espèces vivantes sur notre planète liée au maintien de l'espèce.

En revanche l'action de créer est l'une des choses qui nous sépare du monde animal. Elle fait appel à notre intellect, à notre conscience de ce que nous sommes, conscience de notre image, notre propension à la reproduire est unique. L'art est la première manifestation de notre intelligence spécifiquement humaine. Pour moi, le plus grand des artistes qui a tout inventé, c'est celui qui, pour la première fois, a représenté sur une paroi rocheuse la silhouette de l'animal qu'il chassait. A noter au passage, que ces peintures pariétales, les plus vieux témoignages d'art pictural, sont des pastels, pigments naturels posés à même le support à l'aide des doigts.
Je rejoins Olivier Wahl quand il écrit que, je rajouterai pour l'humain, "la création n'est pas un acte extraordinaire". Mais je suis persuadé que pour bien créer, il faut une maîtrise des outils que l'on utilise et pour dominer ces outils, il faut apprendre. Copier est une bonne méthode pédagogique qui a fait ses preuves. C'est celle que j'utilise à l'Académie et c'est celle que j'utilise pour moi-même en travaillant avec d'autres peintres pastellistes.


Je fais souvent le parallèle entre la peinture et la musique. Extraire un son d'un instrument de musique n'est pas un acte extraordinaire non plus. En extraire une mélodie demande déjà beaucoup plus de travail. Il me paraît improbable de composer un morceau sans avoir auparavant joué de nombreux autres, écrits par d'autres auteurs. Il est curieux qu'en art pictural dit moderne, on se soustraie de ces fondamentaux et que l'on tente de faire croire que pour créer il suffirait d'en avoir l'envie. Un message largement diffusé par nos professeurs d'art plastique dans nos lycées et collèges.


Patrick Martin
Voici un autre avis du peintre B. Brice radicalement à l'oposé de O. Wahl : "La création actuelle est le reflet de notre époque, outrages à la beauté sous prétexte de modernité. L'art d'émouvoir a laissé place à l'art de surprendre, le bien fait a cédé sa place au vite fait qui à son tour est vite consommé. L'exemple à suivre devient celui qui choque le plus. La mode opte pour des formes d'expressions hermétiques qui imposent l'apprentissage d'une rhétorique spécifique. Ce qui permet à toute une catégorie sociale de se distinguer de la masse qui ne peut alors "comprendre" cet art élitiste."

Thierry Citron



Lionel Asselineau

Pour finir cette réflexion je vais vous faire part de deux extraits de ce livre, car j'aime beaucoup la définition qu'Olivier Wahl donne d'une œuvre abstraite. Contrairement à ce qu'on pourrait croire après ces quelques lignes, je n'ai rien contre l'art contemporain, bien au contraire, je n'oppose pas l'abstraction à la figuration, je crois simplement que les deux modes d'expression ont leurs places sur les cimaises.
EXTRAIT 1 : Certains tableaux représentent quelque chose, c'est-à-dire que leur motif évoque une réalité du monde extérieur, un paysage, un personnage. Mais il existe aussi des tableaux dans lesquels rien n'est représenté, qui ne se réfèrent pas à un monde extérieur. Ce qui est à voir est directement proposé comme tel. Par exemple, une couleur, un geste, une matière que le peintre considère comme intéressant à montrer sans qu'il y ait la moindre intention de signifier quelque chose ni d'évoquer un objet en référence.
Beaucoup de personnes disent qu'elles ne comprennent pas la peinture qui ne représente rien. Cependant, l'expérience montre que ce n'est pas aussi simple. J'ai rencontré souvent des personnes qui avaient un tel point de vue dans la conversation en général et qui pourtant, face à un tableau abstrait, pouvaient dire : "Mais celui-ci, je ne sais pas pourquoi, je l'aime."

Violette Chaminade

EXTRAIT 2 : Dans un tableau abstrait, le rouge ne renvoie ni au ciel embrasé par un couché de soleil, ni à une tomate, ni au symbole de l'interdiction, ni au sentiment de la colère. Il est juste rouge. Il a cette qualité particulière d'être cette couleur-là et c'est cela que vous regardez. De même un tableau est un espace en lui-même, une étendue sur laquelle le peintre organise des traits, des lignes, des surfaces colorées ou non. Il n'y a rien à "comprendre" dans une œuvre abstraite mais juste une relation directe et sensitive à établir avec elle. Regardez-là pour ce qu'elle est, une simple étendue colorée et dessinée.

vendredi 13 août 2010

49 - Pourquoi des vieilles carrosseries ?

La bergerie
Je réponds enfin à la question de Laurence, pourquoi ce thème des oubliés ?
Entre ma mise en situation de mes nus et les oubliés, je bouscule un peu les conventions du pastel. Ce médium, qualifié de "classique" et qui semble inadapté à la peinture moderne et abstraite, "quoique..." me diront Thierry Citron et Violette Chaminade, a des qualités que peu soupçonnent, notamment pour reproduire les textures.
Cela dit, ma formation est loin d'être classique, je suis autodidacte et c'est mon vécu qui m'a forgé. Il y a vingt ans, j'étais illustrateur dans les sports mécaniques et plus particulièrement dans le milieu de la moto. J'ai côtoyé ces pilotes funambules aux talents d'extraterrestres accomplir, week-end après week-end, ces circonvolutions sur des bandes de bitume au mépris du danger.
Christian Sarron
Mais j'ai surtout fréquenté ces mécaniciens, orfèvres du tournevis et de la clef à pipe. Ces hommes pour qui chaque millimètre carré de leur machine infernale est connu. Ces hommes qui choyaient leur fauve mécanique comme si c'était leur bébé.
À chaque nouvelle illustration, ils venaient, curieux et prenaient plaisir à la décortiquer, à la recherche d'une erreur d'interprétation. C'est fou comme ils étaitent terre à terre. Ils en trouvaient peu.
Freddie Spencer
Un jour, l'un d'eux s'écria à son compère en regardant une de mes œuvres "Tu sais ce que c'est ça ?
"Ben non, à cet endroit-là, je ne vois pas" rétorqua l'autre.
"C'est une plaque que j'avais soudée, entre deux Grands Prix, après sa chute (du pilote), on n'avait pas eu le temps de rentrer à l'atelier refaire la pièce..."
Ils se tournèrent vers moi, le regard respectueux. Devant eux, sous forme d'une illustration, ils retrouvaient leur pur sang de métal avec ses blessures soignées, le fauve vivait sous leurs yeux. J'ai alors compris que je m'étais imprégné de leur discours, de leurs gestes de mécanos, de leurs regards quand il voit leur bijou confié au pilote et s'éloigner du garage. J'ai su que c'était un peu d'eux-mêmes que je dessinais. Même une moto de course bardée de sponsors a une âme.

Alain Prost
Mon pote Michou
Un regard que j'ai aiguisé pendant plus de dix ans. C'est ce même regard que j'ai posé un jour, sur une vieille Quatre Chevaux Renault, oubliée dans un parc d'une villa arlésienne. Certains pensent, sans trop comprendre, des hommes le plus souvent, que je peins des vieilles voitures sans intérêt. Imaginez son propriétaire et vous serez plus proche de la vérité. N'est-ce pas Véronique, l'heureuse propriétaire de" 4 Chevaux au pré" ?

Il est curieux de constater que les peintres de la marine ont depuis longtemps et avec succès, peint les tôles rouillées de rafiots ancrés à jamais à un quai délabré, voire même retranscrit les ambiances sombres et ferrailleuses des docks hérissés de leurs grues. Alors que peu de peintres ont eu la même démarche vis-à-vis de l'automobile. Les marins seraient-ils plus sentimentaux que les automobilistes ? Sans doute.

Je ne peins pas des vieilles tôles rouillées, je peins un vécu. L'humain n'est jamais loin dans mes tableaux.

mercredi 21 juillet 2010

48 - La rencontre des blogs

Ce billet pourrait être commun aux deux blogs, celui de Céline et le mien. Je vous y avais invité et je vous sais nombreux à suivre les aventures de Céline sur le chemin de Compostelle. Rappelons, pour ceux qui auraient raté l'épisode, que Céline Chevallier est la réalisatrice du DVD, produit par Pratique des Arts, l'Art du Nu avec votre serviteur derrière le chevalet et devant la caméra, accompagné de Chantal, mon modèle.

Céline, dans son périple, est arrivée en Dordogne mardi dernier et à Périgueux, le mercredi soir. Nous, pendant ce temps, nous étions en train d'installer l'exposition à Castillonnès en compagnie de Michel Dartenset, qui lui-même habite Périgueux. Grâce à ses connaissances, nous avons trouvé un hébergement pour notre routarde pédestre. Mais ce qui nous faisait le plus plaisir, c'était de la retrouver le lendemain soir à Saint Astier. Et les retrouvailles furent chaleureuses.

La voilà qui apparaît, au détour de la route, le visage rayonnant.



Après les congratulations d'usage, direction la maison pour une bonne douche, un repas mérité et un peu de repos.



Constat : il y a de nouvelles ampoules.



Après la douche, Céline devient infirmière et s'occupe de ses pieds meurtris.


Au cours du repas Martine demande timidement si elle peut l'accompagner le lendemain. Cécile lui répond avec enthousiasme, heureuse de faire une entorse à sa solitude. Et me voilà transformé en chauffeur de ces dames, le lendemain je les ramène exactement au même endroit, juste après Saint Astier, pour que Céline reprenne son chemin.

Les filles au départ avec sac à dos allégé pour Céline.



Martine me quitte, sans aucun état d'âme.


Je les récupère en fin de journée, à Saint-Géry, un peu après Mussidan, 20 km plus loin, et heureuses. Martine n'a pas souffert et elle est prête à recommencer dès le lendemain.

Le sac allégé d'une pélerine.



Le moment de décompression, 20 km tout de même !



Paillette, notre chatte qui a adopté, comme nous, la belle Céline.



Bon ! C'est pas tout ça, mais elle a un blog à mettre à jour notre marcheuse.


Elles sont reparties le lendemain pour une étape de 25 km, entre Saint-Géry et Saint-Foy-la-Grande dont Martine en est revenue tout étonnée de ne pas souffrir plus que la veille ; le bonheur total. Quant à moi, pendant qu'elles marchent dans les bois du Landet, je transpire comme un beau diable à finir mes encadrements pour l'expo de la galerie de Bergerac. Le soir, Chantal nous rejoint pour le repas et ainsi, l'équipe est au complet.

Chantal, modèle mais aussi coiffeuse, s'occupe des cheveux de Céline un peu délaissés depuis plus d'un mois.


Martine et Céline n'ont pas de mal à persuader Chantal de les accompagner le lendemain sur le chemin. J'ai donc fait un petit détour par Prigonrieux pour la récupérer et je dépose mes trois filles sur les quais de Sainte-Foy-La-Grande.

L'équipe du DVD, de belles retrouvailles.



Elles auront fait un bout de chemin ensemble.


Je les récupère une dernière fois à St Ferme, à plus de 30 km de leur point de départ. C'est ici aussi que nos routes se séparent. Céline va continuer son aventure, elle a déjà quitté la Dordogne. Ma Martine est fatiguée, mais tellement heureuse d'avoir partagé ce bout de chemin. Chantal est moins bien, les jambes raides et douloureuses, mais le visage rayonnant.

L'abbaye de St Ferme, le dernier rendez-vous.



Elle regarde vers le sud, vers la prochaine étape.



Mes trois princesses.


Nous terminons la soirée au restaurant en compagnie de la maman de Céline, venue nous rejoindre. Elles dormiront à l'hôtel ce soir, à Duras, puis demain Céline reprendra son chemin, à St Ferme, là où elle l'a quitté, mais seule désormais.

Voilà, j'ai voulu partager avec vous ce moment d'exception. Dans la vie, on fait des rencontres remarquables, qui peuvent parfois la changer. Ma rencontre avec Robert Billant fut une de celles-là qui m'amena à quitter Paris pour vivre à Bergerac. La rencontre avec Céline, fut d'abord une rencontre professionnelle, j'ai adoré travailler avec elle et elle nous a prouvé qu'elle était, dans son domaine, une artiste. Mais c'est aussi une rencontre humaine d'une rare qualité. Va ma belle, sur ton chemin de la vie et bonne aventure !

J'ai immortalisé ses godillots, 1000 bornes au compteur !



Céline, un bout de femme qui ne peut pas vous laisser indifférent.